Il était une fois au fil de l’Eure… (1/2)

Des ponts, des moulins, des lavoirs

Envie de prendre l’air depuis chez vous ? Je vous invite à me suivre à travers une balade en ville basse de Chartres.

Un circuit qui vous emmène sur les bords de l’Eure pour y découvrir ses trésors.

 

1# Le moulin Saint-Père

Je commence mon périple au niveau du moulin Saint-Père, dans la rue de la Grenouillère. J’aime passer par cette jolie rue en basse ville. En portant mon regard vers la cathédrale au loin, je dispose d’un panorama plein de charme avec notamment le lavoir de la grenouillère. À mes yeux, il est l’un des plus beaux de Chartres. Le long de l’Eure se trouve de magnifiques lavoirs, qui s’illuminent à l’occasion de Chartres en lumières. Le pont sur lequel je me trouve, l’un des plus anciens de Chartres, arbore également des habits de lumières à l’occasion de cet événement.

Un lieu rattaché aux souvenirs d’enfance d’Anatole France

Dans mon dos, le moulin Saint-Père me conte son histoire. On trouve des traces de son existence dès le 11e siècle. En effet, la petite-fille du comte Eudes 1er de Blois et de Berthe de Bourgogne (évoqués dans "Les amoureux de Chartres") dispose de moitié de ce moulin. Il le vend à un homme, qui devint moine par la suite. Il en fit alors don à l’Abbaye de Saint-Père-en-Vallée. Il faut savoir que la dénomination de moulin Saint-Père intègre également deux moulins avoisinants, le moulin des morts et le moulin Herle, en plus de celui de la comtesse.

À partir de 1791, Mathurin II Gallas en devient propriétaire. Puis, en 1817, la future grand-mère d’Anatole France en est l’unique propriétaire. Dans le livre Pierre Nozière, l’écrivain évoque ses souvenirs d’enfance. Il nous parle d’elle en nous indiquant qu’elle devait s’y plaire surtout l’été. Mais aussi, il se remémore la vie qui s’y déroulait :

… devait lui plaire l’été surtout, alors que la lumière embellissait les rives de l’Eure toutes vibrantes des appels et des coups de battoir des lavandières. Du matin au soir, le Moulin emplissait l’air de son bourdonnement, les charrettes amenaient le blé, et s’en retournaient chargées de farine. Les clients et les voituriers transmettaient les nouvelles de tout le pays aux alentours de Chartres.

Anatole France
Oeuvre de Miss Tic sur le Moulin Saint-Père à Chartres - © Création : Miss Tic - Photo : Studio Martino

Je ferme alors les yeux pour m’imaginer cette scène d’autrefois. En les ouvrant, j’observe sur l’un des murs du moulin, une œuvre de la street-artiste Miss Tic. Elle nous laisse le discret message : "L’art et la vie ne font qu’un" et devant le tableau que m’offre les rives des bords de l’Eure derrière moi. Je ne peux pas être plus d’accord avec ses mots.

Au-delà de Miss Tic, plusieurs street-artistes ont laissé leur empreinte dans les rues de Chartres. En effet, depuis plusieurs années, le street-art fait sa place dans notre cité d'Eure-et-Loir notamment avec le Boulevard du Graff. J'aime parcourir la ville à la recherche des traces de leur passage. N'hésitez pas à vous rendre au bureau d'information touristique de l'Office de Tourisme, après le confinement, pour demander un plan et y découvrir un circuit 100% street art

 

2# Le pont Saint-Hilaire et Taillard

Je prends ensuite la rue du Frou pour me rendre au Pont Saint-Hilaire, l’un des ponts les plus fréquentés aux temps médiévaux. Une voie d’accès principale à la cité de Chartres pour les voyageurs qui venaient d’Orléans.

En m’appuyant contre le parapet du pont, je porte le regard sur les arches du lavoir Saint-Hilaire en contrebas. En levant les yeux, j’aperçois le pont Taillard, il est l’un des plus anciens ponts de la ville comme celui de Saint-Père. Je me représente des embarcations sur l’eau, la franchissant tranquillement. Ma rêverie m’emporte et je me demande à quoi ressemblait la vie en basse ville, à travers les âges, l’agitation qu’il pouvait y régner car elle était alors le théâtre de nombreux moments festifs de la ville.

Lors de votre propre promenade, je vous invite à jeter un œil aux noms des rues. Ils nous donnent de précieux renseignements sur les activités qui longeaient l’Eure. Une plaque émaillée, réalisée par l'artiste Alain Péanne, m’indique que je suis dans la rue de la Foulerie. Elle représente un drap mis à sécher. N'hésitez à partir sur la piste de ses oeuvres tout au long du parcours. 

Il faut savoir que les métiers du quartier étaient notamment en lien avec le travail des cuirs et la réalisation de draps. C’était une activité très développée à Chartres et de renom. La rue que j’emprunte évoque la fin du processus de travail de ces deux activités. Il s’agissait d’une étape visant à battre les étoffes, comme les peaux dans des cuves, afin de les dégraisser.
 

N’hésitez pas à réserver en ligne une place à la visite guidée "Chartres, cité médiévale" pour en savoir plus sur ces métiers d’autrefois. Si vous aimez l’histoire comme moi, vous trouverez ces visites passionnantes.

 

3# Le pont Bouju

Je continue ma route pour arriver au croisement de la rue de la Foulerie et de la Tannerie. Sur ma droite, j’aperçois la Porte Guillaume ainsi que les commerces et restaurants qui l’entourent. J’adore l’ambiance de cette rue avec ses maisons à pans de bois. Je ne peux que vous conseiller un arrêt au restaurant L'Estocade ainsi qu’à la Crêperie des 3 Lys. Au-delà d’être de belles adresses gourmandes, le décor qu’elles offrent vaut le détour.

Sur ma gauche se dresse le fameux pont Bouju. En plus d’être un endroit rêvé pour une photo "carte postale", ce pont était la voie d’accès à Chartres depuis la route de Paris.

Il fut un temps, des maisons bordaient ce pont. J’ai mal à me les représenter en observant les lieux. Par ailleurs, au Moyen-Âge, un véritable marché autour des métiers des bords de l’Eure s’était formé. Encore une fois, je n’ose imaginer l’animation qui régnait en ses rues.

 

4# La passerelle des Trois-Moulins et le pont des minimes

Une pause à la passerelle des Trois-Moulins

J’adore tout particulièrement cet endroit. En y arrivant, je décide de m’accorder une pause sur le banc de pierre en contrebas, accessible via un petit escalier à proximité de ladite passerelle. Les habitués s’en rappelleront. Mais, auparavant, ce lieu disposait d’un charme supplémentaire avec son saule pleureur et ses magnifiques branchages dansant au gré du vent. Malheureusement, celui-ci a dû être débité du fait d’un champignon qui le rongeait. Mais au fil des années, un nouvel arbre de la même essence va progressivement pousser pour redonner à cette passerelle son atmosphère unique.

Récemment rénovée et avec son petit îlot fleuri, je ne me lasse tout de même pas du panorama offert par la passerelle des Trois-Moulins.

En reprenant mon chemin vers le pont des Minimes, je passe devant les Ateliers Lorin, le plus ancien atelier de maîtres-verriers de Chartres. J’ai hâte de voir cette maison, recueillant un savoir-faire ancestral, réouverte au public. L’art du vitrail, qui s’est exprimé et s’exprime encore entre ses murs, rayonne à travers le monde.

Le pont des minimes et le port de Chartres

Ce pont porte son nom en référence à un couvent de religieux situé à proximité. Il y fut fondé à partir de 1615. D’ailleurs, en traversant le pont, vous pouvez découvrir ce qu’il reste de son entrée, un portail à la jonction de la rue de la corroierie et Saint-André (dans l’alignement du pont).

Revenons au dit pont. J’ai appris il y a peu, que celui-ci avait aussi eu le nom de pont des Casernes suite à la Révolution. Il faisait alors référence à des casernes installées non loin au milieu du 18e siècle. Par ailleurs, le pont fermait également un plan d’eau assez vaste qui était, jusqu’au 16e siècle, le bassin d’un port. Vous l’imaginez ? Un port au cœur de la ville de Chartres ?

Accolé à ce pont, se trouve le Moulin de Ponceau : un lieu entièrement réaménagé en restaurant qui donne sur l’Eure. Un cadre magique !

Je me tourne et fait face à la collégiale Saint-André et la passerelle Saint-Nicolas située à ses pieds. Il est temps de continuer cette balade au fil de l'Eure.

 

- Aude (C'Chartres Tourisme) 

Le saviez-vous ? Des moulins se situaient tout au long de l’Eure dans la basse ville. En 1464, leur nombre s’élevait à 11, en 1591 à 9 et en 1678 à 8. Bien sûr, on retrouve le moulin de Saint-père. Puis, près de l’actuel pont Bouju, nous trouvions ceux de Tomblaine et de Rogers, qui prirent le nom des Pousteaux. Au niveau du pont des Trois-Moulins, nous pouvions découvrir ceux de Chaume et des Cinq-Ruelles. Enfin, non loin du pont des Minimes, ceux de Cochefilet, du Ponceau et celui des Sept-Arches. 

 

© Source des informations historiques : "Chartres, par rues, tertres et monuments" de Guy Nicot