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Sur les traces de Jean Moulin

Figure emblématique de la Résistance Française, nous vous invitons à marcher dans les pas de Jean Moulin en Eure-et-Loir.

Le premier combat de Jean Moulin

Jean Moulin (né à Béziers en 1899) arrive à Chartres le 21 février 1939. Alors préfet, en septembre, il doit faire face aux multiples difficultés nées de la déclaration des hostilités avec l'Allemagne nazie.

En juin 1940, devant l'offensive foudroyante des armées ennemies, la population d'Eure-et-Loir fuit vers le sud. Le 15 juin, il ne reste plus que 7 à 800 chartrains, vieux ou malades pour la plupart. Toutes les autorités sont parties. Jean Moulin a refusé l'ordre du ministre qui lui enjoignait de quitter son poste. Aidé de très rares volontaires, il va s'efforcer de faire face à tous les problèmes causés par la situation (ravitaillement, hygiène, soins aux blessés, lutte contre la panique, pillage etc.).

Le 17 juin au matin, les forces allemandes pénètrent en ville. Dans la journée, Jean Moulin est arrêté et conduit devant des officiers nazis. Ils exigent qu'il signe un protocole établissant que les soldats français noirs ont commis des actes d'atrocité envers la population civile. Jean Moulin, incrédule, refuse malgré les brutalités dont il est l'objet.

Les allemands l'entraînent alors à la gare de la Taye, hameau à une douzaine de kilomètres de Chartres, sur la ligne d'Illiers, et lui présentent leurs "preuves" : une dizaine de cadavres de femmes et d'enfants visiblement victimes d'un bombardement. Nouveau refus de Jean Moulin qui est encore une fois violemment frappé.

De retour à Chartres et persistant dans son refus, Jean Moulin est enfermé dans le pavillon du concierge de l'hôpital, en compagnie d'un soldat noir prisonnier. Au cours de la nuit, craignant de ne pouvoir résister plus longtemps aux mauvais traitements, il tentera de se trancher la gorge avec un éclat de vitre.

Au matin du 18 juin, ses bourreaux le trouvent debout, couvert de sang. Comprenant qu'il ne cédera pas, ils renoncent à leur ignoble projet. On comprendra par la suite qu'il s'agissait pour les nazis de tenter de justifier, par un faux témoignage officiel, les atrocités dont ils s'étaient eux-mêmes rendus coupables envers les troupes noires dont l'héroïque résistance avait retardé leur progression.

La carrière préfectorale de Jean Moulin prendra fin le 2 novembre 1940. Révoqué par le gouvernement de Vichy, il recevra alors les félicitations du Feldkommandant allemand, qui avait remplacé ses tortionnaires, pour "l'énergie avec laquelle il avait su défendre les intérêts de ses administrés et l'honneur de son pays."

 

 

Un héros de la Résistance Française

Parachuté à l’aveuglette dans les Alpilles en Provence, dans la nuit du 31 décembre 1941 au 1er janvier 1942, Jean Moulin va accomplir en un an et demi, une tâche considérable. Il réussit, tout en changeant en permanence de lieu et d’identité, à remplir la mission confiée. Il emploie les pseudonymes de Rex puis de Max.

Il installe alors son quartier général à Lyon, ville qui se prête à la résistance et en devient la capitale.

En février 1943, il retourne à Londres en compagnie du général Delestraint, chef de l’Armée Secrète. Il en repart le 21 mars 1943, chargé pour mission de créer le Conseil National de la Résistance (CNR), tâche peu aisée, car chaque mouvement cherche à conserver son indépendance. La première réunion du CNR se tient à Paris le 27 mai 1943 et il en devient le premier président.

Le 21 juin 1943, Jean Moulin, dit "Max", tombe aux mains du "Sicherheitsdienst", le service de renseignements et de sécurité du IIIe Reich à Caluire.

Aux alentours de 15 heures, tout en haut de la montée Castellane qui domine l’île Barbe, une dizaine d’hommes de la Gestapo commandés par Klaus Barbie encerclent la maison du Docteur Dugoujon à Caluire où se tient une réunion clandestine de la résistance organisée autour de Jean Moulin. L’objet de cette réunion de Caluire, devenue si tristement célèbre, était pour Jean Moulin de rencontrer des responsables de la résistance pour organiser rapidement la relève à la tête de l’Armée Secrète qui vient d’être décapitée par l’arrestation du général Delestraint le 9 juin 1943 à Paris.

Les autres résistants, dont Raymond Aubrac, sont transférés à la prison Montluc de Lyon. Le 25 juin, usant de méthodes barbares, Klaus Barbie parvient à supposer l’identité de "Max", alias Jean Moulin. Il est transféré à Paris à la fin du mois. Jean Moulin, martyr de la Résistance, l’homme qui ne parlera pas, même sous la torture, meurt, des suites des horribles sévices infligés par les tortionnaires de la Gestapo, vraisemblablement le 8 juillet 1943, en gare de Metz ou de Francfort, lors de son transfert par train à Berlin qui le conduit vers les camps de concentration.

 

 

À la découverte des sites commémoratifs

Nous vous invitons à partager et à vous souvenir en parcourant des sites rendant hommage à Jean Moulin :

  • Le mémorial Jean Moulin - le Glaive brisé - inauguré en 1954, tout près de la Préfecture, œuvre du sculpteur Marcel Courbier qui est l’un des points du Chemin de Mémoire.
  • Une plaque à l'entrée de la Préfecture rappelle que c'est dans la cour d'honneur, sous le drapeau flottant au-dessus de la grille, qu'avec dignité, Jean Moulin accueillit les premiers éléments allemands au matin du 17 juin 1940. À noter que, durant les Journées Européennes du Patrimoine, le bureau dans lequel Jean Moulin a exercé ses fonctions de Préfet, est exceptionnellement ouvert à la visite.
  • Au chevet de la cathédrale, dans les terrasses basses du jardin de l'Evêché, un bas-relief de Vladimir Skoda, évocation métaphysique selon l'artiste, de la personnalité de Jean Moulin, a été inaugurée le 17 juin 1990
  • Place Châtelet, une plaque fixée dans le hall d'honneur du Conseil Départemental, est un hommage de l'assemblée départementale.
  • Sur le pavillon du concierge de l'Hôtel-Dieu, rue du Docteur Maunoury, une plaque apposée le 17 juin 1980 reproduit quelques lignes du journal de Jean Moulin : "Premier Combat".
  • A la gare de la Taye, auprès du cabanon où Jean Moulin fut enfermé auprès du cadavre mutilé d'une victime du bombardement d'un train, un monument, œuvre de l'artiste chartrain Jacques Loire, a été inaugurée le 17 juin 1990.

 

Source : Roger Joly, historien.